Do: Une Voie

Une Voie de l'être vers son accomplissement à travers les Budo éthiques

Article rédigé par le Hanshi Pierre Chalmagne So Shihan D.N.B.K.

Do

Dô ou Tao

"Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde"
(Gandhi)

Au Japon, toute philosophie qui n’a pas un retentissement sur la personnalité de ses adeptes est considérée comme stérile et incapable de les conduire vers la sagesse.

Le est un système éducatif. Comme dans le Kyudo (ou Tir à l’Arc), celui qui manque le but doit rechercher la cause de son échec en lui-même. La Voie "" et ses multiples facettes ont une influence sur l’esprit, l’attitude, le comportement et le devenir. Mais pour pouvoir progresser, il faut conserver "Shoshin" (ou l’esprit du débutant), ainsi qu’affiner notre perception de la Voie.

Comme nous le savons, le concept du , ou Voie, est apparu en 1868 dans les arts martiaux japonais à la fin de la féodalité japonaise, lors de la transformation des Bujutsu (arts de guerre) en Budô (arts de paix).

En 1876, l’Empereur Meiji (Mutsu Hito) publie un édit officiel, le Haitôrei qui interdisait le port du sabre aux Samouraï. C’est le coup de grâce au statut privilégié des guerriers et à leur code d’Honneur, le Bushidô. Pour sauver les arts martiaux, les maîtres de l’époque, imprégnés de la culture Zen, décident de supprimer l’élément guerrier du Bushidô ("Shi") pour en faire un système d’éducation et de pacification ou "Budô", incluant une Voie d’accomplissement de l’individu (). Le but était de sauvegarder la spiritualité des arts martiaux anciens (Kobudo), mais en l’imprégnant d’une connotation de paix.

Le Budo donne alors naissance à différents arts nouveaux, les "Shin Budô", dont le commun dénominateur est le Dô: le Ju (la Voie de la souplesse), le Ken (la Voie du sabre), le Karaté (la Voie de la main vide), l’Aïki (la Voie de la coopération des énergies), l’Iai (la Voie de l’union de l’être), etc. On retrouve également ce concept dans beaucoup d’autres activités nipponnes: le Cha (ou Voie du thé), le Sho (la Voie de la calligraphie), le Ka(la Voie des fleurs) etc.

est la "Voie", prise dans le sens d’un long cheminement de l’être vers son accomplissement. Dans la poursuite de cette Voie, est-il plus important d’atteindre son but ou de trouver un sens à l’expérience d’essayer de l’atteindre? Les Budô sont les "arts martiaux éthiques", dans le sens de la Voie impliquant l’arrêt du combat ou l’arrêt de la violence (Bu). Atteindre la perfection éthique signifie accéder à un état d’esprit où l’on s’abstient de faire quel mal que ce soit aux autres.

Lorsqu’en 1882, Jigoro Kanô crée le Judô (au départ du Jujutsu), il traduit "" comme étant une Voie ou un principe. Dô est l’équivalent de "Michi" ou "chemin".

L’essence des arts martiaux éthiques, non compétitifs, non violents, et le Zen mènent tous les deux à l’esprit de la Voie.

Cette Voie ne s’accomplit pas dans la compétition ou la violence, mais dans la coopération, la pacification et l’harmonie. La violence est un manque de maîtrise de soi et de respect des autres. Le "Dô" est une Voie ou un "mode de vie" qui mène à comprendre son esprit et maîtriser son ego. Le Dô japonais ou le Tao chinois sont aussi des Voies de la vertu (Te en chinois, Toku en japonais). Les vertus martiales "Butoku" constituent l’une des Voies enseignées par la DNBK.

Le est aussi un principe de recherche de la vérité. Selon le Zen et les Budô éthiques, la vérité n’est pas en dehors de notre esprit. Pourquoi la chercher ailleurs ?

En effet, dans le Bouddhisme Zen et les arts martiaux, le cœur de la pratique s’attache à la transformation et à l’amélioration de l’esprit. Le bonheur et la souffrance dépendent donc de la transformation ou non de notre esprit. Se transformer intérieurement en entraînant son esprit est le véritable sens de la méditation et des Budo éthiques. Le "" est une méthode de contrôle et d’amélioration spirituelle, mais l’activité mentale est plus subtile et plus difficile à contrôler que les activités physiques ou verbales.

S’il nous arrive d’être intérieurement perturbé et agité, même les mets les plus délicieux ne nous procureront pas le moindre plaisir, car notre esprit est prisonnier de nos soucis. Un esprit perturbé est comme la surface d’un lac agité: ce sont de mauvais miroirs qui ne reflètent pas fidèlement la réalité. Quand notre esprit est calme et serein, nous pouvons entendre et ressentir beaucoup de choses qui nous échappent le reste du temps.

Comment calmer l’esprit? Une méthode est de respirer doucement et régulièrement en fixant notre esprit sur notre respiration, qui ne s’arrête jamais. Puis, il convient de laisser passer les idées, sans s’y fixer, ni les chasser. Si notre esprit se fixe sur un objet ou un sujet, il en devient prisonnier. L’esprit qui ne se fixe sur rien caractérise le "Non-mental" ou "Mushin" : l’esprit est libre et l’énergie Ki est disponible aussi. Si l’on veut remplacer le chaos mental par le calme et la sérénité, il faut apprendre à créer "L’esprit du non-mental" ou "Mushin no Kokoro".

Une autre Voie est d’être "Sans ego" ou "Muga" de façon à être disponible et avoir de l’empathie et de la compassion pour les autres. La quête du bonheur uniquement pour soi-même est vouée à l’échec, puisque l’égocentrisme est la source même de nos désirs et de notre souffrance.

La Voie nous enseigne aussi l’impermanence. Cette dernière nous permet d’apprécier la valeur du temps et de se rendre compte que chaque seconde de vie est précieuse. Il faut vivre le moment présent avec intensité: "Ici et maintenant".

Permettez moi de citer d’autres sources[1], qui prônent cette convergence vers notre nature intérieure et l’intérêt de travailler sur notre esprit. Bouddha croit dans l’universalité de l’esprit et selon lui, ce qu’il a découvert par l’introspection, chacun peut le découvrir aussi. Pour Socrate, la vérité et la vraie nature des choses est enfouie au fond de nous. Jésus aussi rappelle à ses disciples: "Le Royaume de Dieu est à l’intérieur de vous".

 

"Le Dô doit inclure un minimum d’entraînement mental, sinon l’art martial éthique aura peu de choses à vous apporter dans notre vie quotidienne".


[1] Socrate, Jésus, Bouddha. Trois maîtres de vie. Frédéric Lenoir. Librairie Arthème Fayard. Novembre 2009 (France).